| Comment vous
est venue l'idée de devenir illustrateur et auteur de bande
dessinée? |
Je ne me souviens
pas d'un événement particulier, mais quand j'étais
plus jeune j'achetais et lisais énormément de bandes
dessinées. Leurs histoires me touchaient. J'avais beaucoup
de respect pour ces ouvrages et leurs auteurs. J'ai ensuite eu
moi-même des idées d'histoires. Mais comment les
raconter? Je ne savais pas faire de films, et ne me trouvais pas
si bon à l'écriture. Le seul moyen qui me restait,
et pour lequel je montrais une certaine capacité, cétait
le dessin ! Je me suis donc tourné tout naturellement vers
la bande dessinée. Après le lycée, je n'ai
pas tout de suite intégré une école d'art.
Je n'avais pas tellement confiance en mon dessin, et ne pouvais
pas m'imaginer alors en faire un métier. Pourtant, après
avoir passé une année désastreuse en Lettres
modernes, j'ai vite compris que je métais fourvoyé,
et je suis monté à Paris pour m'inscrire en section
Arts Plastiques à la prestigieuse (!) université
de la Sorbonne. J'avais 19 ans. C'est probablement à ce
moment-là que tout s'est déclenché chez moi.
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Qu'est-ce qui
vous plait dans la BD française, et qui diffère des
mangas que l'on trouve ici? |
L'album de
bande dessinée est un objet de collection. Il doit être
de bonne qualité pour inciter à l'achat et donner
envie de l'inclure dans sa collection personnelle. Au Japon, le
lecteur achète un manga par curiosité pour un personnage,
un univers, puis le consomme, le digère, et bien souvent
le jette pour passer au suivant. Nous n'avons pas ce type de rapport
avec le livre en France. Je ne veux pas dire bien sûr que
la qualité des mangas est inférieure, c'est seulement
que les motivations du lecteur sont différentes. Pour moi,
la BD doit faire vivre au lecteur une aventure artistique, et
impressionner au plus profond. Le graphisme et les couleurs doivent
séduire. On doit aussi pouvoir s'attacher à l'histoire,
par ce à quoi elle renvoie dans nos experiénces
personnelles. A chaque nouvelle relecture, vous faites une decouverte,
et c'est ce qui la rend fascinante.
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| Pouvez-vous
nous recommander quelques albums de BD? |
Bien sûr
j'aurais bien quelques suggestions mais puisque vous ne pourrez
vous les procurer au Japon je ferais mieux de m'abstenir non !?
(rires) Il n'y a pas eu une seule BD traduite et publiée
au Japon depuis 2001, hormis quelques histoires courtes. Il y
a donc bien peu de possibilités pour le lecteur japonais
d'accéder au genre, un genre qui est en plus assez difficile
à appréhender. Les Japonais n'y voient le plus souvent
qu'un somptueux livre d'images. Au premier regard, on peut ne
pas y voir d'histoire parce qu'elle n'est pas contée de
façon linéaire, mais plutôt sur un mode elliptique.
Ca demande un peu de "travail" de la part du lecteur
pour entrer dans l'histoire et assimiler non seulement ce qui
est montré à l'intérieur des cases, mais
aussi ce qui n'est pas dit entre les cases. A mon arrivée
au Japon, j'ai été vraiment surpris par ces gens
qui hochaient la tête de droite à gauche, lisant
avidement les pages de leur manga en un temps record. Ce n'est
pas envisageable avec la BD.
Cependant je vous recommanderais des auteurs qui pratiquent l'autobiographie
en BD, un genre très en vogue actuellement en France: David
B, Sfar, Dupuy & Berberian, Neaud, etc.
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